Le phénomène Project Pan explose : des milliers de consommatrices de beauté s’engagent à finir leurs produits avant d’en acheter de nouveaux.
Ce n’est pas une micro‑tendance TikTok, c’est un mouvement de révolte contre le gaspillage cosmétique… et contre le marketing beauté traditionnel qui a saturé leurs salles de bain.


Le Project Pan, symptôme d’un modèle à bout de souffle

100 000 vidéos sous le hashtag #ProjectPan2026, des placards remplis de produits à peine entamés, des clientes qui comptent enfin ce qu’elles possèdent.
Le principe est simple : terminer intégralement ses produits cosmétiques avant de racheter, voir le fond métallique des palettes, presser les tubes jusqu’à la dernière goutte, utiliser au lieu d’accumuler.

Pendant que votre marque préparait sa prochaine collection printemps, vos clientes ont ouvert leurs tiroirs : 10 rouges à lèvres entamés, 7 crèmes hydratantes ouvertes, 5 mascaras périmés.
Et beaucoup d’entre elles ont décidé d’arrêter d’acheter pendant des mois.


L’ère de l’accumulation beauté s’effondre

Le Project Pan révèle un malaise profond dans l’industrie beauté : trop de références, trop de lancements, trop de promesses, trop de gaspillage.
Les consommatrices prennent conscience qu’elles ont investi des centaines, voire des milliers d’euros dans des produits qu’elles n’utilisent pas.

Résultat :

  • Elles rationalisent leurs achats.

  • Elles remettent en cause la logique de « nouveautés perpétuelles ».

  • Elles priorisent la finition, la simplicité, la rentabilité réelle de chaque produit.


Cinq mutations qui menacent votre modèle économique

  1. Transparence des réseaux sociaux
    Sur TikTok et Instagram, des femmes filment leurs placards beauté : doublons, produits jamais terminés, formats géants oubliés depuis 3 ans.
    Chaque nouvelle sortie est perçue comme une incitation à acheter ce qui n’est pas nécessaire, plutôt qu’une réponse à un vrai besoin.

  2. Hausse des prix et fin de la surconsommation
    Un fond de teint à 45 € ne se remplace plus « pour tester une nouveauté » aussi facilement qu’à 25 €.
    Les clientes calculent ce qu’elles ont déjà chez elles et découvrent qu’elles dorment sur 200 à 300 € de produits non utilisés.

  3. Minimalisme validé par les dermatologues
    Les dermatologues, les médecins et les experts peau martèlent partout qu’une routine efficace peut tenir en trois produits (nettoyant, hydratant, SPF).
    Face à cette parole d’autorité, les routines en 10 étapes et les gammes tentaculaires perdent toute crédibilité.

  4. Le grand format devient un piège
    Les pots « économiques » de 50 ml ou les formats XXL ne sont pas terminés avant la date de péremption.
    Aux yeux des consommatrices, ces formats deviennent le symbole du gaspillage initié par les marques.

  5. Culpabilité qui se transforme en boycott
    Ce qui était une honte silencieuse (les tiroirs remplis de produits à peine utilisés) devient une colère partagée et visible.
    Cette colère ne se traduit pas par une nouvelle marque choisie, mais par une pause d’achat prolongée.


L’impact business : vos meilleures clientes mettent l’industrie en pause

Les plus grosses acheteuses, celles qui faisaient tourner vos lancements et vos éditions limitées, ont enclenché une pause d’achat de 12 à 24 mois.
Le temps de terminer ce qu’elles possèdent déjà, de reprendre le contrôle sur leurs dépenses et de définir ce dont elles ont vraiment besoin.

Après cette période, elles ne reviendront pas à leurs anciennes habitudes :

  • Elles achèteront moins, mais mieux.

  • Elles privilégieront les routines courtes, les produits terminables, les marques qui luttent contre le gaspillage.

  • Elles réduiront drastiquement les achats impulsifs et les doublons.


Ce que les marques beauté doivent changer dès maintenant

Trois questions stratégiques à se poser :

  1. Combien de vos clientes sont en pause d’achat sans vous le dire ?
    Elles ne se sont pas tournées vers vos concurrentes, elles écoulent leurs stocks. Quand elles reviendront, elles choisiront un seul produit, pas trois.

  2. Votre calendrier de lancements reflète‑t‑il la réalité de l’usage ?
    Sortir une nouvelle palette tous les 3 mois alors qu’une cliente met 18 à 24 mois à finir une palette est une impasse économique.

  3. Votre offre favorise‑t‑elle la finition ou le gaspillage ?
    Si vos best‑sellers sont des formats géants qui ne se terminent pas, vous fabriquez vous‑même vos futures participantes au Project Pan.


Comment adapter votre stratégie beauté à l’ère anti‑gaspillage

Les marques qui survivront au Project Pan :

  • Proposent des mini‑formats pensés pour être vraiment terminés.

  • Simplifient leurs gammes autour de 3 à 5 produits essentiels par usage.

  • Rendent les dates de péremption visibles et compréhensibles.

  • Communiquent ouvertement sur l’anti‑gaspillage et l’usage réel des produits.

  • Intègrent des programmes de reprise, de recyclage ou de refill crédibles.

Les autres continueront à lancer des « nouveautés révolutionnaires » que leurs clientes n’achèteront plus, occupées à vider ce qu’elles ont déjà pour les 24 prochains mois.


Marina Parmentier
Consultante en stratégie et marketing pour marques beauté premium